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Dimanche 6 avril 2014 : LEON - CANABILLAS

Plaza san Marcos

Il est 7h30 en ce dimanche, 9ième jour de mon périple,  lorsque je me retrouve attablé, à déguster un second petit déjeuner, dans une cafétéria de la Plaza San Marcos. Je me prépare   donc à m’engager  sur le Camino del Salvador, abandonnant ainsi le flux des pèlerins  que je regarde traverser la place et longer le parador (ancien couvent du XVI)  pour continuer le Camino Frances.

 

            Levé 2 h plus tôt et après avoir partagé un frugal petit déjeuner avec quelques uns de mes compagnons de chambrée, j’ai « allégrement » (impatient de trouver la première marque de la voie) rejoins le point de départ de ma pérégrination à travers des rues vides (à l’exception d’agents des services municipaux effaçant les traces d’une nuit de beuverie dont quelques jeunes en « divagation hésitante » témoignent, de policiers municipaux à la mine sévère et des premiers vendeurs installant leurs étales sur un marché) puis en longeant le Rio Bernesga.

statue pélerin Plaza San Marcos

Après avoir repéré cette  première borne et mettre attardé sur la place devant le célèbre pèlerin de bronze et la magnifique façade « plateresque » (style architectural de transition entre l'art gothique et la Renaissance. Il s'est tout particulièrement développé en Espagne, de la fin du XVe jusqu'à la fin du XVIe siècle) du gigantesque parador, j’ai donc cédé à l’appel de mon premier café con leche de la journée et d’une « gigantesque » viennoiserie au glaçage sucré (en mettant à profit ce moment pour recharger mon appareil photo et mon téléphone cellulaire, ce que je n’étais pas parvenu à réaliser hier en raison du très faible nombre de prises de courant disponibles ; récurrente difficulté du Chemin, accrue me semble-t-il par la voracité et la multiplicité des matériels -- notamment frappés du logo à la pomme de la société de Steve Jobs -- emportés par la plupart des pèlerins modernes).

 

          cartographie étape_1 

Il est finalement presque 8h30 lorsque j’entame mon cheminement du jour, dont j’ai fixé le terme, non pas à La ROBLA comme proposé par la plupart des guides, mais plus prudemment à CANABILLAS (soit une courte marche de 18 Km).

            Le balisage s’avère impeccable dès les premiers mètres, me conduisant rapidement (en longeant l’entrée latéral du parador puis un parc le long du Rio où j’aperçois un échassier) jusqu’à une première zone pavillonnaire résidentielle (manifestement habitée par une population aisée) puis, après une courte montée, jusqu’à un ensemble d’immeubles, eux témoins de la crise de l’immobilier (spectacle "morose" d'immeubles inhabités voisinant avec l’ossature métallique d’autres dont la construction est interrompue – l’ensemble dégageant une atmosphère à laquelle ne manquent plus, pour faire penser aux villages fantômes des vieux western en noir et blanc, que les buissons tourbillonnant dans le vent).

 

 

Après une nouvelle heure de cheminement urbain je fais une pause dans un estaminet sombre à la sortie de CABARJAL de la LEGUA. J’y déguste un nouveau café con leche agrémenté de gâteaux généreusement offerts  par  la tenancière de l’établissement. Je passe un long moment assis au fond de la salle à observer la clientèle venue pour les uns boire un premier café con urujo et pour les autres  acheter, avec le journal dominical, des cigarillos vendus à l’unité ; après quelques minutes je constate que l’atmosphère populaire de l’établissement tranche notablement avec l’opulence des zones résidentielles clôturées et ultrasécurisées longées à l’entrée de cette localité.  Par ailleurs je prends  la mesure du caractère confidentiel de la voie sur laquelle je m’engage lorsque je comprends que cette charmante gérante est en train d’expliquer à sa clientèle que je suis en train de cheminer sur la « ruta del Salvador » et ne je suis donc pas un pèlerin égaré ayant quitté par accident le Camino Frances.

 # piste sortie Carbajal de la Legua

 

Ayant tranquillement  repris ma route, j’abandonne finalement les voies bitumées pour un chemin en terre à l’inclinaison fortement positive sur lequel  cohabitent cyclistes en VTT et... chèvres qui s’ébattent en complète liberté.

 

 

Après un dernier regard sur LEON encore visible à l’horizon, je mets mes pas à coté des sillons laissés par des VTT et m’engage sur une succession de sentiers forestiers à la déclinaison plus ou moins importante et  à la végétation « austère » ouvrant sur un panorama montrant en arrière plan des reliefs encore enneigés (devrais je dans les jours à venir  parcourir de tels espaces ?).

Je marche ainsi dans une « bienheureuse » solitude à peine troublée par quelques Vététistes et les sonorités éloignées d’activités humaines (dont les bruits de tronçonneuses maniées par des particuliers venus, comme je le constaterai un peu plus tard, avec un 4x4 « sortir du bois » – pratique manifestement usuelle au regard des très nombreuses traces de débardage observées au fils des kilomètres).

 

sculpture

J’arrive ainsi d’un pas tranquille au terme de mon périple, non sans avoir marqué un temps d’arrêt au niveau d’un d'une sculpture puis d'un oratoire rappelant la vocation religieuse de cette voie.

 

 

cabanillas albergue municipal

Après avoir salué quelques habitants encore sur le pas de leurs portes alors que 14h vient de sonner,  je rejoins la place jouxtant un ermitage (ermita del Bénito Cristo), y déjeune, puis gagne l’albergue municipal. Celui-ci, surplombé par une église dédiée à San Salvador, s’avère fermé, un panneau indiquant l’adresse de l’hospitalier à contacter.

Après avoir un peu erré, faute d’habitant à questionner en ce début d’après midi (sieste oblige), je me présente à l’adresse indiquée où j’apprends de l’épouse que l’hospitalier, membre d’une fanfare, actuellement à LEON pour participer aux festivités religieuses précédant le début de la Semaine Sainte, ne sera de retour que dans une heure. Munis de cette information et de l’assurance que le détenteur de mon sésame viendra dès son retour, je remonte vers l’albergue et m’installe à l’ombre pour lire.

 

cabanillas albergue municipal_couchage

 

 

Cette activité est, dans le délai annoncé, interrompue  par l’arrivée promise d’un charmant quinquagénaire qui m’ouvre l’hébergement (4 lits avec « commodités » d’une propreté immaculée, installés dans la salle de réunion de la mairie), valide ma crédentiale  avant de retourner vaquer à ses occupations dominicales (dont j'imagine la sieste différée par son déplacement à LEON).

 

 

 

16h sonnant j’entame sans hate le cycle des activités de fin d’étape (douche / lessive x séchage / courte sieste / thé) avant que de m’installer au soleil pour fumer ma bouffarde en poursuivant ma lecture.

Ainsi « coule »  la fin d’après midi en une « béate inactivité » que rien n’interrompt (notamment l'arrivée d'autres pélérins).

La nuit tombant  et la faim me venant j’ «expédie » un frugal diner avant que m’enfouir à 19H dans mon duvet (doublé de mon sac à viande et rapidement complété d’une couverture, heureusement disponible, tant la température chute fortement dans mon hébergement – température ressentie autour de 10°-).

Je glisse finalement dans un profond sommeil au terme de cette journée de marche puis de repos solitaires dont je retiens d’une part l’intérêt «au plan ethnographique» du moment passé dans l’estaminet à la sortie CABARJAL de la LEGUA (moment qui me renvois à mes années estudiantines lorsque j’allais lire dans les troquets) et d’autre part la quiétude (tant psychique que physique) ressentie à marcher dans ces espaces à la « simplicité » tendant vers l’ « austérité ».

Cette journée vient clairement de décupler le sentiment de plénitude physique et mentale restauré par mon cheminement des derniers jours dans la Meseta et, alors que je m’endors, je forme le souhait que les prochains jours amplifient encore cette sensation.

panorama x végétation avant Canabillas

 

 

 

 

 

 

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