Lundi 31 avril 2012 : St Chely d'Aubrac - Espalion -24 Km 500

cartographie J8_1

cartographie J8_2

 

   Étape d'une grande tranquilité  marquée par la découverte de l'église primitive d'Espalion, superbe église romane au tympan annonciateur de Conques [!] et la perte de mon chapeau [mais la providence veillait !].

      Un superbe petit déjeuner, pris seul dès 7 h dans une véranda face au soleil levant baignant un jardinet envahi d'oiseaux sautillant, marque le début de ma journée après une nuit de près de 8h (grand moment de plénitude).

      Je me met ensuite en route d'un pas lent , débutant cette journée sur un tempo jamais adopté jusqu'alors. Pour la première fois depuis le début je me sens dans les chaussures non pas d'un marcheur mais d'un pèlerin.

    Après un arrêt devant la croix sur le pont des pèlerin, j'entame ma journée par un chemin forestier après une montée un peu raide.

St Chely d'Aubrac_pont de spèlerins_croix

    St Chely d'Aubrac_pont des pèlerins _croix_détail

2_sortie St Chely d'Aubrac

     Je vais ainsi toute la matinée avancer sous un soleil alternant avec des passages pluvieux pour finalement atteindre St Côme d'Olt, 16 kilomètres plus loin.

     A l'exclusion d'un premier vrai contact avec les fameuses vaches de race Aubrac et de la succession d'arrêts afin de contempler le paysage, aucun événement n'émaille ce cheminement dans les contrefort de l'Aubrac que je grignote habité d'un sentiment de légèreté (que la déclivité en ma faveur augmente sans doute un peu).

4_en route vers St Come d'Olt_2

5_placide bovin

 

8_en route vers StCome d'Olt_5

 

cartographie relief Aubrac_1

 

     Je fais une halte quelques kilomètres avant St Côme d'Olt, dans une ferme totalement isolée au bord du chemin,  assurant la restauration pour un prix une nouvelle fois "doux" et dont la spécialité semble être le "farçou" (spécialité  à base de légumes notamment de blettes). Les saveurs de celui qui m'est servi sont très différentes de mon souvenir mais très en accord  avec les paysages parcourus ce matin (gout très "végétal" - la cuisinière me confirme ne pas y incorporer de viande : version "maigre").

farçou

     Cette halte est l'occasion de revoir 2 frères québécois rencontrés durant les premières étapes (l'inflammation du tendon d'Achille du plus silencieux des 2 semble  guérie), un monsieur âgé (70 ans) accompagné de son fils qui ont partagé mon gîte à Nasbinals, le couple franco-espagnol (qui goûte toujours avec le même appétit aux spécialités - solides ou liquides - du cru) et le compagnon veuf ayant notamment dormi en yourte à Rieutord. Nous échangeons en arrosant notre repas de vin de pays sur les aléas du chemin (le décès de Mme D*** alimente nos échanges durant quelques minutes; preuve que sur le chemin les événements se déroulant 10 kilomètres devant ou derrière nous sont connus de tous par le jeu des multiples  pauses de la cohorte informelle des cheminants ).

     Après ce moment de convivialité, je reprends mon cheminement et achève ensuite d'un pas prudent, au regard  de l'état du sentier, mon cheminement vers St Côme d'Olt dont je découvre le clocher "tors" ou "flammé".

10_en route vers St Come d'Olt_6

St Come d'Olt_clocher torse

clocher torse St come d'Olt

     Le portail avec ses vantaux sculptés renaissance de cette église pour partie du  XIIIème retient particulièrement mon attention.

12_St Come d'Olt_église XIII_porte sculptée renaissance

    

     Je reprend ensuite mon cheminement sous le soleil et un vent en rafales qui emporte mon chapeau que je vois sombrer en quelques secondes dans le Lot [!!]. La perte de cette accessoire, acheté dès le début de ma préparation, m'induit pendant quelques instants une inquiètude, qui s'éteint rapidement. La "providence" veillait sans doute encore puisque moins de 30 minutes plus tard mon regard est arrêté par un panneau publicitaire :

 Halt'pèlerin Espalion

     ../.. , établissement qui, après verification, est ouvert en ce lundi veille de fête du travail [!]  (ma calvitie plus que naissante sera donc à l'abri dans très peu de temps).

 

     Chemin faisant, plongé dans mes pensées, j'arrive sans même m'en rendre compte à proximité d'Espalion (chemin facilité par la décision prise, suite aux avisés conseils d'un passant,  de dévier du chemin balisé sur quelques kilomètres afin d'éviter un passage à priori quasiment impraticale en raison de la pluie tombée -- donnée confirmée à postériori le soir par d'autres pèlerins --  [!]) et marqué, comme il se doit, un long arrêt devant la croix du patron de la ville : St Hilarian (qui décapité par les sarrazins, lava sa tête avant de la rapporter à sa mère).

16_croix St Hilarain_détail_St Hilarian

 

     Après cet arrêt mes pas me portent à  reprendre le chemin traditionnel afin de voir l'église de Perse.

cartographie église de Perse

     Lorsque l'édifice est en vues, je me félicite devant sa beauté d'avoir pris le risque de rejoindre le Chemin.

20_église de Perse_2

      Je passe un très long moment à l'extérieur de l'édifice dont la beauté globale puis la richesse de ces différentes composantes (tympan particulier) ne peuvent pas être totalement rendues à mon sens. Ce tympan m'apparait, toute proportion gardée,  comme annonciateur de celui de Conques  dont la découverte reste pour moi un moment rare (une "BD médiévale d'une richesse indescriptible" avais je dis à l'un de mes colocataires expliquant ne pas vouloir s'arrêter à Conques !!!).

21_église de Perse_3

23_église de Perse_facade sud

24_église de Perse_tympan_détail_1

28_église de Perse-tympan détail facade_vierge à l'enfant

 

     Je quitte finalement le site, non sans me retourner à plusieurs reprises afin de m'imprégner du lieu .../...

32_église de Perse_vue latérale

     .../... et gagne le centre ville d'Espalion par des rues dont la modernité, le bruit [et la saleté] tranche singulièrement avec l'expérience que je viens de vivre. Je me retrouve ainsi à l'Office de Tourisme qui m'indique la situation de mon hébergement ainsi que la localisation du magasin la Halt'pèlerin* ( à proximité duquel se trouve semble t-il un magasin de sport). Je m'engage donc dans la direction de ce dernier, en en profitant pour acheter pain et victuailles pour demain 1er mai; si l'accueil y est parfait par contre la dotation ne répond pas à mes attentes. Je trouve finallement l'article recherché au magasin de sport généraliste à proximité [ouf !].

     Après un rapide tour en ville, je gagne mon hébergement à la recherche de calme dans le tumulte de cette ville.

     Le gîte situé dans une rue calme à proximité du pont médiévale répond à cette attente et je m'installe dans la chambre que me désigne l'ardoise accrochée sur la porte dans ce vieil immeuble de 3 niveaux. Dernier arrivé, il m'échoit pour la première fois le lit supérieur, positionnement qui m'oblige à faire preuve d'ingeniosité pour déballer mes affaires.

    Mes compagnons de chambrée me sont pour 3 d'entre eux déjà connus (le septuagénaire veuf et l'ancien coureur cycliste avec lequel parlait 48 heures plus tôt Mme D***), le dernier étant une charmante allemande que nous aidons à préparer sa prochaine étape.

    Après les rituels de l'arrivée en hébergement je descends faire valider ma créanciale; s'affaire à la préparation du repas du soir une quarantenaire qui m'offre, pendant qu'elle surveille son four, un thè et avec laquelle je bavarde. J'apprends ainsi qu'elle éléve seule une fille de 17 ans en echec scolaire, en travaillant en CDD de pour 6 mois à 75% et qu'elle espère voir aboutir son dossier de subventions pour ouvrir une sandwicherie; son discours suinte l'épuisement et la précarité sociale [!]. Je bavarde ainsi avec elle du monde qui l'entoure jusqu'à l'arrivée d'autres pèlerins désireux de bénéficier de son action.

     L'heure du repas du soir arrive ainsi rapidement et je m'attable avec mes compagnons de chambrée devant un repas simple mais copieux  (farçous maigre, copieuse portion de viande et pates au beurre, froamge et tarte au chocolat) arrrosé d'un vin de pays "ad libidum" qui rappe la langue puis la gorge avant que de tarauder l'estomac et enflammer les joues; qu'importe nous en vidons quelques pichets en devisant du temps présent.

     Ayant regagné notre chambrée les un après les autres nous glissons progressivement dans le sommeil; pour ma part je goute de nouveau au plaisir de pouvoir lire et de m'endormir en quelques secondes sans interrogation sur le lendemain.

 

     Cette journée constitue, outre une somme de moments intenses (beauté des payasages et surtout de l'ancienne église paroissiale d'Espalion -- tympan tout particulièrement -- , convivialité/proximité des rencontres à la halte ce midi ou ce soir au gite d'étape), une sorte de tournant dans mon cheminement  caractérisé , pour partie, par l'évidence qu'il convient en quelque sorte "d'aller vers l'Humain et de laisser venir les événements".

 

 Photos/diaparama de l'étape