Jeudi 26 avril 2012 : Saugues – Gite d’étape Domaine du Sauvage – 19 Km500

           cartographie J3

     Etape effectuée sans pluie mais avec un vent glacial et  « hostile » au marcheur ; malgré tout cette journée m’est  apparue facile jusqu’au Domaine du Sauvage. Je vais grignoter tranquillement les 332 m de dénivelé dans des paysages superbes champêtres puis forestiers avec quelques plaques de neiges au loin puis sur le plateau du Domaine.

     J’avais longuement hésité lors de ma préparation à faire halte en ce lieu, partagé entre le respect des conseils du guide  des Editions LEPéRE, le désir de voir cette ancienne ferme/léproserie templière fondée en 1198 et mes lectures pointant la dérive mercantile du lieu depuis son rachat par le Conseil Général de la Haute Loire.

Image2

     Après un petit déjeuner à la hauteur du diner [faisselles et confiture maison notamment] j’attaque donc mon périple vers 8h45 après avoir discuté un moment avec Mme MARTINS qui m’apprend qu’elle assure, comme sa mère avant elle, depuis plus de 30 ans l’accueil de pèlerin.

     Je m'arrête quelques instants devant une statue de St Roch dont le culte le dispute à celui de St Jacques le long de cette section du chemin.

1_Saugues_statue St Roch

    Puis prend la route indiquée par une succession de pèlerins sculptés.

                                        2_Saugues_sculpture bois pèlerin                         3_Saugues_statue pèlerin    

   Après le bourg de la Clauze et sa tour, seul vestige d’un château érigé durant la seconde moitié du XIVe siècle, je m’octrois une pause dans une grange à foin où les fermiers accueillent [dans toute l’acception du terme], pour un prix modique les marcheurs [café et yaourt maison] avant de poursuivre.

6_La Clauze

7_accueil pèlerin_grange

    Dans le hameau du Falzet, je m’arrête de nouveau devant des linteaux de portes puis quelques kilomètres plus loin dans un garage pratiquant l’accueil pèlerin [tarif encore une fois très doux : 10 €] avec un « menu du pèlerin » roboratif [charcuterie et fromages de pays] que je complète d’une tarte maison. Seul bémol et étonnement : le pain est étonnement médiocre [comme au petit déjeuner ce matin] [ ?!].

8_maison Le Falzet_détail porte

     Mon cheminement se poursuit d’abord à travers une forêt de résineux m’offrant le spectacle vastes étendues de lichen puis à travers un plateau avec des plaques de neiges, reliquats de chutes intervenues la semaine précédentes et uns bâtisse qui me semble être une sorte  « buron ».

15_chemin vers le Sauvage_4

      J’arrive ainsi à la halte en fin d’après midi. Les premières impressions sont un peu décevantes : le bâtiment m’apparaît moins imposant qu’escomptait, des travaux sont en cours et surtout l’accueil est, certes fonctionnel, mais impersonnel comparé à celui de la veille ; enfin l’espace vente vanté dans le guide est « famélique ».

        L’arrivée en chambre tempère ma déception avec son coté plus « jacquaire » ; aménagé dans une dépendance en pierres bien réhabilitée, elle est propre et spartiate, destinée à être partagée à 5 ; cette dimension plus collective me satisfait car plus proche de mon imaginaire du Chemin historique. Je fais rapidement connaissance avec mes colocataires : un quatuor de la région parisienne constitué des membres [grands-parents, fille et petit fils] d’une famille qui ont, comme me le confie le grand père, une grande expérience de la randonnée. La grand-mère a organisé au dernier moment un périple de quelques jours pour son petit fils à l’occasion de ses vacances scolaires. Nous échangeons,  en attendant l’heure du repas, sur notre documentation et nous nous prêtons nos supports respectifs [la publication MICHELIN TM avec ses courbes de niveaux retient tout particulièrement mon attention].

         Le repas est excellent [avec en particulier une sauce aux champignons des bois accompagnant la viande et une panacotta aux myrtilles] et son ambiance très joyeuse et empreinte de partage [le tutoiement est, ce soir,  de règle]. Je suis installé avec un duo de copines de boulot déjà entrevues dans l’après midi et qui rigolent sans interruption ainsi qu’une dame plus âgée manifestement ancienne institutrice [nous discutons un moment de l’enseignement de l’orthographe]. Proches de moi également, un couple de Bayonne et un duo mère/fille déjà croisé à St Privat d’Allier, accompagné d’un homme qui les rejoint régulièrement avec sa voiture. La jeune femme qui me semble avoir le profil célibataire / très proche de sa mère, enseigne en région parisienne [je parie sur une matière scientifique] dans un lycée de renom.

            Avec surprise, je retrouve mon accueillant du midi, qui assure [outre le service] la présentation de l’historique du lieu [léproserie et ferme au profit des hospices du Puy en Velay au Moyen Age – racheté par le département qui en accorde la concession à un collectif de 20 agriculteurs afin de faire vivre un projet de gite d’étape avec leur participation intermittente en complément de salariés – finalement je porte, en sortant de table, un regard moins négatif sur le lieu au regard du projet dont il est porteur].

         Plein de verve, cet animateur, me donne à sourire lorsqu’il déclare, en référence au célibat des agriculteurs de la région : « l’avantage de ce vent c’est qu’il permet de reconnaître les femmes légères ».

            Je regagne mon lit « usé » cette fois non pas tant par la distance mais par la conjonction d’un vent qui a soufflé finalement toute la journée et du brouhaha de la salle à manger qui tranche avec l’ « atmosphère » dominante de ma journée marquée pour l’essentiel par les bruits de la nature.

 

photos / diaporama de l'étape